Du haut de son mihrab, Ennahdha prêche la justice sociale

La scène nationale vit, en cette période, au rythme des préparatifs aux prochaines élections. Fidèle à sa réputation de parti discipliné et organisé, le parti islamiste a entamé depuis plusieurs mois sa stratégie malgré toutes les difficultés conjoncturelles. Du nouveau discours, au programme renouvelé, le parti de Rached Ghannouchi veut se donner une nouvelle image dans l’optique de mieux se positionner.

« Pas de citoyenneté sans justice sociale ! » Ceci n’est pas le slogan du Front populaire, ni d’El Massar, encore moins d’Attayar. Il s’agit bel et bien du thème et du slogan du 3ème séminaire annuel des cadres du mouvement Ennahdha. Ce séminaire tenu les 22 et 23 juin 2019 en présence de plus de 1000 cadres du parti islamiste a été l’occasion pour présenter les grandes lignes du mouvement pour la prochaine échéance électorale ainsi que les recommandations pour l’étape à venir.

Ainsi, ce séminaire a constitué une occasion pour le mouvement pour se donner « une nouvelle image ». Après avoir voulu se passer pour le parti « civil » et « modéré » lors de son 10ème congrès, le mouvement islamiste de Rached Ghannouchi met, cette fois-ci, la casquette du parti social et progressiste. Organisation méticuleuse et haute technologie mise en place, le mouvement a mis le paquet en faisant une démonstration de ses moyens, d’ailleurs les recommandations ont été votées à travers le « système génération numérique ». Ennahdha n’a pas fait dans la demi-mesure pour véhiculer l’image d’un parti qui maîtrise le monde digital et se défaire de l’étiquette du parti moyenâgeux.

Mis à part toute cette panoplie « tape à l’œil », ce qui est plus frappant lors de ce séminaire est le changement d’approche et d’orientation. C’est dire que le parti a mis l’accent sur le volet social en liant directement la citoyenneté à la justice sociale, à savoir « l’égalité des droits et une solidarité collective qui permettent une distribution juste et équitable des richesses, qu’elles soient matérielles ou symboliques ». Des valeurs habituellement adoptées par les partis de gauche, ont été à la une du discours du mouvement Ennahdha connu pour ses orientations libérales. A vrai dire, le parti a compris que c’est le véritable problème des citoyens tunisiens en constatant la montée en popularité de Nabil Karoui qui a choisi de se ranger du côté des plus démunis, gagnant ainsi leur sympathie.

Le parti ne s’est pas arrêté à ce stade, mais il a annoncé son intention de lutter contre la corruption. Un axe qui a profité, à un moment donné du chef du gouvernement Youssef Chahed, et lui a fait gagner en popularité. Ennahdha en fait, donc, l’une de ses priorités. Pour ce faire, il estime que la solution réside dans l’allègement de la bureaucratie et la réforme des procédures administratives. Un point soulevé en récurrence par les entrepreneurs et les investisseurs.

Mais comme dit l’adage, « chasser le naturel, il revient au galop », le discours du chef du mouvement Rached Ghannouchi, à la clôture des travaux du séminaire, a démarré sur une note « pieuse ». «  Aujourd’hui, nous fêtons le 50ème anniversaire du mouvement. C’est le parti le plus ancien en Tunisie. Et si Ennahdha a réussi à persister face aux multiples attaques, c’est grâce à la volonté de Dieu. Et si Ennahdha s’inscrit dans la durée, c’est parce qu’il est resté attaché aux valeurs de la religion tout en suivant le développement et la progression », indique Rached Ghannouchi sur un ton prédicateur.

En tout état de cause, malgré le changement apparent du discours et cette nouvelle orientation des priorités, le parti islamiste ne peut se défaire de son référentiel religieux. A chaque épreuve déterminante, Ennahdha ne peut cacher sa véritable face de parti « conservateur ». Qu’il s’agisse de l’égalité dans l’héritage, de l’homosexualité ou de la simple récitation de la Fatiha à la mémoire d’un frère musulman, il suffit d’un sujet tabou pour les nahdhaouis, dévoilant leur côté sombre et rétrograde. Cela dit, il demeure le parti le plus organisé et discipliné malgré ses conflits en interne. Des atouts qui peuvent lui faire gagner des points et lui donner une longueur d’avance face à des adversaires dispersés et bien occupés par une guerre de positionnement et d’alter ego.

Sarra HLAOUI

Auteur: admin

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