Rajoy survivant de la politique rattrapé par la crise catalane

A 62 ans, le chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy fait figure d’éternel survivant de la politique mais affronte l’un des plus grands défis de sa carrière: l’indépendantisme en Catalogne que beaucoup l’accusent d’avoir attisé.

Ce conservateur est déterminé à empêcher les séparatistes catalans de tenir dimanche un référendum d’autodétermination, en dépit de l’interdiction formelle de la Cour constitutionnelle.

Chef du Parti populaire depuis 2004, du gouvernement depuis 2011, il a déjoué les embûches de ses rivaux conservateurs comme de ses adversaires pour se maintenir au pouvoir même après avoir perdu la majorité absolue en 2015.

« Tu as une peau d’éléphant », lui a lancé en plaisantant la chancelière allemande Angela Merkel en novembre dernier, un compliment cité par toute la presse espagnole.

Mais M. Rajoy est rattrapé par la question catalane qu’il a habilement exploitée quand il était dans l’opposition.

Ce juriste, né le 27 mars 1955 à Saint-Jacques de Compostelle, dans la région conservatrice de Galice, sur la côte atlantique, a été un des plus ardents adversaires du statut d’autonomie élargie obtenu par la Catalogne en 2006 sous un gouvernement socialiste.

– Campagne contre l’autonomie –

Il avait fait campagne pour recueillir 4 millions de signatures contre ce texte, pourtant approuvé par le parlement, puis obtenu que la Cour constitutionnelle annule partiellement le statut qui reconnaissait la Catalogne comme nation.

L’arrêt de la Cour en 2010 a été reçu comme une gifle en Catalogne, déclenchant la première des manifestations de masse qui se sont succédé depuis dans cette région riche de 7,5 millions d’habitants, fière de sa langue et de sa culture.

Près de la moitié des Catalans se disent aujourd’hui indépendantistes, selon les sondages, et plus des deux tiers réclament de pouvoir au moins se prononcer sur leur avenir dans un référendum légal.

Prenant les rênes d’un pays en pleine crise économique, et disposant d’une majorité absolue au parlement, M. Rajoy a refusé d’écouter les demandes de plus d’autonomie financière du gouvernement régional catalan, puis d’autoriser un référendum qu’il juge contraire à la Constitution.

Il est taxé d’intransigeance par ses détracteurs, qui l’accusent fréquemment de « fabriquer des indépendantistes ».

Après avoir durement dénoncé les dirigeants séparatistes, il a tenté de séduire les Catalans avec des promesses d’investissements, et en parlant de « l’amour » de l’Espagne pour leur région après les attentats jihadistes qui ont fait 16 morts en août dernier.

Mais ses efforts ont été accueillis avec sarcasme dans les rues de Barcelone.

– Scandales de corruption –

Ce père de deux enfants a jusqu’à présent mené sa barque avec ténacité. Nommé chef du PP en 2004, il survit à deux débâcles électorales avant d’être porté au pouvoir en 2011 par une majorité absolue d’électeurs, furieux de la gestion calamiteuse de la crise économique par les socialistes.

Quand il perd cette majorité aux législatives de décembre 2015, il se retrouve sans alliés pour former une coalition. Il attend alors sans bouger que les autres partis échouent à s’entendre et qu’il faille convoquer de nouvelles élections.

Après une courte victoire, il joue encore sur les divisions de ses adversaires pour qu’ils le laissent former un gouvernement minoritaire.

M. Rajoy se targue d’avoir sorti le pays de la crise au prix de mesures d’austérité impopulaires, évitant un plan de sauvetage qui aurait placé l’Espagne sous la coupe de Bruxelles et du FMI. Le gouvernement table sur une croissance de l’économie de 3,1% en 2017 et le chômage est en recul, malgré une importante proportion d’emplois précaires.

Les scandales de corruption qui éclaboussent son parti depuis des années n’ont pas eu de prise sur lui. Il affirme avec aplomb que ce sont des cas isolés dont il ne savait rien.

Pour Narciso Michavila, spécialiste d’analyse électorale qui a été son conseiller, « c’est un leader sans charisme, mais il a une maîtrise parfaite du temps et une connaissance incroyable des mécanismes de décision ».

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