Les temps forts du procès de Maurice Papon

Le procès de Maurice Papon pour crime contre l’humanité, qui débuta le 8 octobre 1997 et dura six mois, fut le plus long procès criminel de l’après-guerre.

– Brièvement détenu

Maurice Papon se constitue prisonnier la veille du procès. Dès l’ouverture, le procureur général Henri Desclaux annonce qu’il retient désormais l’intégralité des faits reprochés, dont la complicité d’assassinat, jusque-là exclue.

Le même jour, le principal avocat de Maurice Papon, Jean-Marc Varaut, demande sa remise en liberté. Il l’obtient le 10, pour raisons de santé, sous les protestations des parties civiles. L’accusé, « persona non grata » dans les hôtels bordelais, est contraint de déménager à plusieurs reprises.

– Des appuis de poids

Maurice Papon reçoit, dans les premiers jours du procès, l’appui de grandes figures du gaullisme venues témoigner.

Ainsi, Philippe Séguin, ancien président de l’Assemblée nationale, dénonce ce procès comme un prétexte à faire « celui du général De Gaulle et celui de la France ».

L’ex-Premier ministre Pierre Messmer prône le pardon et exonère Maurice Papon de toute responsabilité dans la répression de manifestations liées à la guerre d’Algérie, en octobre 1961, alors qu’il était préfet de police. C’est un « procès dans le procès », dit-il.

– Bataille d’historiens

Lorsque la parole est ensuite donnée aux historiens, s’opposent l’Américain Robert Paxton et le Français Henri Amouroux.

Le premier insiste sur la responsabilité des autorités françaises. « Sans l’aide de la police française, les Allemands n’auraient pu repérer les juifs et les arrêter », dit-il.

Pour Henri Amouroux en revanche, « on ne peut pas écrire l’histoire en noir et blanc ».

À l’historien Jean-Pierre Azéma, selon qui « nul n’était obligé d’aller contre sa conscience », Maurice Papon réplique: « Je n’ai pas démissionné car je voulais rester sur le champ de bataille. »

– « Nous sommes des survivants »

La cour d’assises entend ensuite les témoignages, souvent poignants, de parents de victimes dont on projette les photos sur grand écran.

Le 18 juillet 1942, la mère de Georges Gheldman était dans le premier convoi parti de Bordeaux et reproché à Maurice Papon.

« J’avais alors 10 ans et demi », raconte-t-il, « je suis rentré chez moi et ai trouvé un mot de ma mère: +Mon chéri, je suis au commissariat, viens me rejoindre, vite!+ J’ai retrouvé ma mère, elle était là avec d’autres gens, on est restés quelques heures avant d’être conduits à la prison de Dax, on a passé la nuit dans une grande cellule, on était une dizaine. »

« Le lendemain, nous sommes sortis, ma mère et les autres sont partis sous bonne garde allemande à la gare de Dax. Moi, on m’a libéré, on m’a chassé. C’était la dernière fois que j’ai vu ma mère. »

« Ces évènements d’il y a 50 ans, je n’ai jamais pu les oublier, j’ai vécu avec, c’est une plaie qui ne peut pas se refermer », dit Hersz Librach, dont le cousin, Léon Librach, a été déporté de Bordeaux en 1942.

« Nous sommes des survivants, nous espérons de ce procès d’être des vivants, cela dépendra de vous, mesdames et messieurs les jurés », lance Maurice Matisson, qui a perdu dans les camps de concentration huit proches partis dans le premier convoi.

« Je veux bien me repentir, mais de quoi? De quelle faute? J’ai eu des insuffisances, des maladresses, j’ai eu des échecs comme un vrai combattant », déclare l’accusé.

Le 6 janvier, il admet que « s’il avait su ce qui s’est finalement passé », il aurait pu démissionner.

– Les derniers actes

Le 9 mars, commencent les plaidoiries des parties civiles. L’avocat Alain Jakubowicz réclame la perpétuité. Son confrère Arno Klarsfeld soutient que Maurice Papon n’a pas eu de volonté meurtrière et que la peine doit être moindre.

Les 18 et 19 mars, le procureur général Henri Desclaux et l’avocat général Marc Robert requièrent 20 ans de réclusion.

Les avocats de la défense, Marcel Rouxel, Francis Vuillemin et Jean-Marc Varaut, réclament l’acquittement. La plaidoirie du principal défenseur, Jean-Marc Varaut, est interrompue durant trois jours par le décès de l’épouse de l’accusé.

Le 2 avril au matin, après une nuit blanche et dix-neuf heures de délibéré, le verdict tombe: dix ans de réclusion criminelle et la privation des droits civils, civiques et de famille.

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