Italie: le Mouvement 5 Etoiles désigne son chef de file pour les législatives

Le Mouvement 5 Etoiles (M5S, populiste) choisit samedi soir à Rimini (est), son chef de file en vue des législatives prévues début 2018 en Italie, avec une seule ambition: les gagner pour enfin gouverner.

Luigi Di Maio, 31 ans, le plus jeune vice-président de la Chambre des députés de l’histoire italienne est largement favori face à six inconnus et une sénatrice quasi-anonyme. Et cela d’autant plus qu’il est largement considéré depuis des années comme le dauphin du comique Beppe Grillo, fondateur et patron incontesté du M5S.

Le scrutin s’est déroulé jeudi et vendredi sur internet — dans un climat tendu en raison de difficultés d’accès au site dénoncées par des militants — et les résultats doivent être proclamés samedi soir.

Actuellement au coude-à-coude avec le Parti démocrate (PD, centre-gauche, au pouvoir) en tête des sondages avec 26 à 28% d’intentions de vote, le M5S se lance ainsi dans la campagne en proposant un candidat rassurant pour l’électeur moyen mais aussi pour les milieux économiques.

« Di Maio étudie pour devenir Premier ministre, il se comporte, il parle, il marche même comme un Premier ministre. Il étudie les règles du jeu pour tenter d’être plus rusé que le croupier », explique ainsi à l’AFP Alberto Castelvecchi, professeur à l’université Luiss de Rome.

Cette course à la candidature a été accompagnée de nombreuses critiques, y compris au sein même du mouvement, en raison du renoncement des quelques réels rivaux de M. Di Maio et du gouffre entre ce candidat médiatiquement surexposé et ses adversaires, réduits à indiquer leur programme en quelques lignes sur le blog de Beppe Grillo.

« La piètre figure des primaires avec Di Maio comme candidat unique (…) n’est pas seulement le symptôme d’un déficit de démocratie » au sein du M5S, écrit ainsi Il Fatto Quotidiano, le quotidien italien pourtant le plus favorable au mouvement.

« C’est la preuve de l’éternelle immaturité, impréparation, improvisation et inaptitude d’un mouvement qui grandit en-dehors mais pas dedans », ajoute le quotidien.

Les sondages flatteurs et les succès dans les élections locales –jusqu’à la mairie de Rome et Turin– ces dernières années cachent en effet une réalité bien plus complexe au sein du mouvement.

D’une part, Beppe Grillo a tenu son mouvement d’une main de fer, expulsant tous les dissidents et contestataires, mais les plaintes devant les tribunaux s’accumulent contre le comique qui semble fatigué de sa créature.

– Grillo s’en va? –

Pour cette raison le candidat au poste de Premier ministre sera également « chef politique » du mouvement, Beppe Grillo se limitant à en être « le garant », une confusion qui désoriente les militants de la première heure.

Et si le M5S accède au pouvoir, ce qui est encore loin d’être acquis, il sera lié par le « programme pour l’Italie écrit par les Italiens », publié sur le blog de Beppe Grillo et dont, selon la terminologie du mouvement, les dirigeants ne sont que les « porte-paroles ».

Ce programme voté par les militants prévoit un passage à 100% d’énergies renouvelables à l’horizon 2050, le développement public de l’internet à très haut débit sur l’ensemble du territoire, la lutte contre l’immigration clandestine, une réforme de la prescription ou encore la lutte contre les « privilèges » des syndicats.

Le mouvement a cependant l’habitude des brusques changements d’orientation: ainsi, référendum anti-euro réclamé à grands cris il y a deux ans et le revenu minimum universel un temps en tête de son programme ont disparu, tout comme l’opposition au président russe Vladimir Poutine du temps du procès des Pussy Riot.

Pour l’hebdomadaire catholique Famiglia Cristiana, le M5S sur de nombreux sujets « pense, dit et fait tout et le contraire de tout ».

Mais si le mouvement fondé en 2009 a créé la surprise en récoltant 25% des voix lors de ses premières législatives en 2013, il semble pour l’instant difficile qu’il transforme l’essai pour accéder au pouvoir en 2018.

En effet, le mode de scrutin italien essentiellement proportionnel promet pour l’instant un Parlement tiraillé entre trois pôles (centre-gauche, centre-droit et M5S), et le M5S a toujours refusé toute alliance avec les anciens partis.

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