Israël: Netanyahu se bat contre le calendrier judiciaire avant les élections

A trois mois de législatives anticipées, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu est plus occupé à combattre les investigations qui le visent pour corruption présumée que ses adversaires, loin de représenter une menace aussi redoutable pour son long règne.

L’offensive lancée ces derniers jours par M. Netanyahu a pris la forme samedi soir d’une vidéo controversée diffusée sur les réseaux sociaux. Le Premier ministre y dénonce l’éventualité que le procureur général n’annonce avant les élections du 9 avril son intention de l’inculper.

Les sondages donnent M. Netanyahu favori des législatives. Mais l’annonce d’une possible inculpation risquerait de bouleverser la donne.

Dans la vidéo, M. Netanyahu presse publiquement le procureur général Avishaï Mandelblit de surseoir après le 9 avril, s’attirant, parmi d’autres, le blâme d’un ancien membre de la Cour suprême.

Eliyahu Matza a dit sur la radio publique ne pas se rappeler « avoir entendu durant toute (sa) carrière de tels propos de la part de quelqu’un qui ne faisait pas partie du crime organisé ».

Dans la vidéo, M. Netanyahu se tient devant une carte du Moyen-Orient, le sourire aux lèvres, et évoque l’amputation comme châtiment infligé dans certains pays de la région. Un homme à qui on coupe le bras pour vol ne peut le récupérer s’il est reconnu innocent en appel, dit-il, laissant entendre qu’on ne pourrait contre-balancer l’effet produit sur les électeurs par l’annonce éventuelle de sa convocation aux fins de mise en examen.

L’audition préalable à l’inculpation est une étape cruciale de la procédure israélienne. Un individu y a une dernière chance de convaincre l’accusation de ne pas le renvoyer devant un tribunal.

« On ne lance pas une audition avant les élections si on n’est pas capable de conclure avant les élections », proclame M. Netanyahu.

– « Argument insensé » –

Après des mois d’investigations qui ont tenu en haleine l’opinion, la police a recommandé l’inculpation de M. Netanyahu dans trois affaires de corruption présumée.

M. Netanyahu a déjà annoncé qu’il ne démissionnerait pas s’il était convoqué à une audition avant les élections.

M. Netanyahu a provoqué la tenue d’élections anticipées sept mois avant le terme de la législature en novembre, précisément pour affronter l’épreuve d’une éventuelle inculpation fort d’un nouveau mandat, estiment de nombreux analystes.

Lui qui n’a cessé de proclamer son innocence pourrait ainsi présenter les enquêtes contre lui comme un complot visant à le faire tomber et contredisant la volonté des électeurs.

C’est bien la raison pour laquelle la demande de M. Netanyahu à l’adresse du procureur général ne tient pas la route, juge Reuven Hazan, du département de sciences politiques de l’université Hébraïque de Jérusalem.

« C’est un argument insensé: Netanyahu a appelé à des élections anticipées pour tenter d’échapper à une décision (du procureur) en pleine campagne électorale », dit l’universitaire. Du coup, Netanyahu « ne peut reprocher au procureur général d’adhérer aux règles du jeu légal ».

La pression sur le procureur général est immense. Il est resté très discret, se contentant d’assurer que ses services faisaient de leur mieux pour boucler les dossiers le plus vite possible.

– Au bout du mandat ? –

Des graffitis récents dans le nord d’Israël le qualifient de « collaborateur ». La tombe de son père a été vandalisée, selon les médias.

Un Premier ministre n’est pas légalement tenu de démissionner s’il est inculpé, mais seulement s’il est déclaré coupable et que tous ses appels sont épuisés. L’opposition et au moins l’un des ministres de son gouvernement actuel disent qu’il doit démissionner s’il est mis en examen.

Totalisant plus de 12 ans au pouvoir en deux fois, il pourrait battre le record de longévité de l’historique David Ben Gourion. Sans rival apparent, avec une opposition surclassée, il reste, avec le Likoud, favori des sondages, avec une réputation de garant de la sécurité d’un pays confronté aux menaces.

Réputé pour son instinct de survie politique, M. Netanyahu pourrait à nouveau remporter les élections, quoi que décide le procureur général, indiquent les sondages.

Mais ses futurs partenaires au sein d’une coalition gouvernementale devront choisir s’ils le suivent jusqu’au bout ou non. Et même ses supporteurs pourraient être appelés à réfléchir.

« A partir du moment où il y a une inculpation et qu’une procédure légale est déclenchée, ils vont commencer à se rendre compte, si les preuves sont accablantes, que c’est la dernière fois que (M. Netanyahu) sera élu », analyse Reuven Hazan.

Si ce scénario se réalise, « il tombera, la question étant de savoir quand et si cela influera sur le vote d’électeurs conscients que Netanyahu n’ira pas au bout de son mandat », dit-il.

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