Iran: réunion controversée à l’ONU, nouvelles manifestations pro-régime

Le Conseil de sécurité de l’ONU, passablement divisé, s’est réuni vendredi pour discuter, à la demande des Etats-Unis, de l’Iran où le pouvoir a organisé dans la journée de nouvelles manifestations en sa faveur.

« Le monde a été témoin des horreurs survenues en Syrie, qui ont commencé avec un régime meurtrier refusant à son peuple le droit de manifester pacifiquement. Nous ne laisserons pas cela survenir en Iran », a fait valoir l’ambassadrice américaine à l’ONU, Nikki Haley, en justifiant sa demande mardi d’une réunion d’urgence du Conseil de sécurité.

La Russie s’est inscrite en faux contre cette approche et a organisé des consultations à huis clos avant la réunion publique voulue par Washington.

« Les Etats-Unis continuent à interférer ouvertement et de manière cachée dans les affaires intérieures des autres pays, ils le font sans aucune honte », a dénoncé vendredi le vice-ministre russe Sergueï Riabkov, cité par l’agence de presse Interfax.

Pour la France, autre membre permanent du Conseil de sécurité, s’il faut « accroître la pression internationale sur l’Iran », il ne faut pas pour autant « rompre les discussions » bilatérales.

« On voit bien le discours officiel qui est porté par les Etats-Unis, Israël, l’Arabie saoudite, qui sont nos alliés à de nombreux égards: c’est quasiment un discours qui va nous conduire à la guerre en Iran », a relevé mercredi le président français, Emmanuel Macron.

Vendredi, son ambassadeur à l’ONU, François Delattre, a souligné qu’il fallait observer de la « vigilance » pour défendre la liberté d’expression en Iran. Mais il ne faut « pas d’instrumentalisation » de la situation iranienne « de l’étranger », a-t-il souligné.

Dans une lettre mercredi au secrétaire général et au Conseil de sécurité, l’Iran, soutenue par la Turquie, a dénoncé les « ingérences » des Etats-Unis à son égard. Téhéran a souligné que la crise actuelle relevait de questions internes et n’avait pas à être traitée par le Conseil de sécurité dont la mission est de garantir la paix et la sécurité dans le monde.

– Sanctions américaines –

Contrastant avec le ton mesuré des Européens et de l’ONU, l’administration américaine de Donald Trump, qui est vent debout contre l’accord sur le nucléaire iranien signé en 2015, a apporté un soutien appuyé aux contestataires.

Ennemis jurés du régime iranien, les Etats-Unis ont imposé jeudi de nouvelles sanctions contre des groupes industriels iraniens soupçonnés de participer au programme de missiles balistiques de l’Iran.

Du 28 décembre au 1er janvier, ce mouvement de contestation, basé sur des revendications essentiellement économiques, a secoué de nombreuses villes du pays. Elle a parfois comporté des slogans plus politiques, et des violences ont fait 21 morts, en majorité des manifestants.

Le calme est globalement revenu depuis mardi, au prix d’un déploiement important de forces de sécurité.

Selon des vidéos publiées sur les réseaux sociaux, dont l’authenticité est impossible à vérifier, de petites protestations ont encore eu lieu jeudi soir en province.

Les responsables iraniens ont accusé la CIA américaine, Israël et l’Arabie saoudite d’avoir cherché, avec l’aide des groupes « contre-révolutionnaires » et des Moudjahidine du peuple -principal groupe d’opposition en exil -, d’être derrière les troubles.

Pour la troisième journée consécutive, de nouveaux rassemblements de soutien au régime ont eu lieu, après la prière collective du vendredi, dans la région de Téhéran et dans plusieurs villes de province.

Les traditionnels slogans « Mort à l’Amérique », « Mort à Israël » et « Mort à Monafegh » – terme qui signifie hypocrite et désigne dans la bouche des autorités les Moudjahidine – ont été lancés.

D’importantes manifestations prorégime avaient déjà été organisées mercredi et jeudi.

– Politique économique –

Durant les troubles, des centaines de personnes ont été arrêtées tandis que des biens publics – banques, bâtiments officiels, postes de police – ont été endommagés ou incendiés.

La police a demandé à la population de lui « envoyer les vidéos et les images des actions anti-sécuritaires », selon les médias. Des photos de protestataires ont aussi été publiées par les autorités pour demander aux citoyens d’aider à les identifier.

Les autorités, toutes tendances confondues, ont resserré les rangs pour dénoncer les troubles, tout en soulignant la nécessité de répondre aux revendications « légitimes » de la population.

Certains partisans du président modéré Hassan Rohani ont par ailleurs accusé des groupes conservateurs d’avoir provoqué, par calcul politique, les manifestations initiales de Machhad, la deuxième ville du pays, qui avaient ensuite dégénéré.

Les conservateurs ont nié et insisté sur le fait qu’il revenait au gouvernement de changer de politique économique pour préserver le pouvoir d’achat des classes populaires.

Le Parlement dirigé par le conservateur modéré Ali Larijani, un allié de M. Rohani, a déjà rejeté l’idée d’une hausse de 50% du prix de l’essence, prévue dans le projet de budget.

« Le prix de l’électricité, de l’eau et du gaz ne va non plus augmenter », a ajouté vendredi Gholamreza Gharmsar, membre de la direction du Parlement.

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