S’il y a fuite en avant, c’est bien celle de l’UGTT !


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Par Houcine Ben Achour

 

L’une des plus graves erreurs politiques commises par les gouvernements successifs depuis 2011 est d’avoir cru que la paix sociale pouvait s’acheter. Les gouvernements de la Troïka, comme ceux de Mehdi Jomaâ et d’Habib Essid s’y sont employés sans pour autant avoir réussi à l’obtenir durablement. Ils ont tous signé des accords avec l’UGTT afin de calmer immédiatement les ardeurs revendicatives de la centrale syndicale ou  promettre de les satisfaire dans les plus brefs délais, refilant le dossier au gouvernement suivant et ainsi de suite.

Ainsi, tous ont contribué de la sorte à faire plonger les finances publiques dans les abysses des déficits tout en rendant encore plus vorace l’ogre syndical. Les recrutements à-tout-va dans l’administration et la fonction publique que l’UGTT ont accueilli avec bienveillance,  la régularisation administrative des bénéficiaires de la loi d’amnistie générale et des travailleurs des chantiers que la centrale ouvrière a défendu bec et ongles, les augmentations successives des salaires et des primes que l’organisation des salariés a obtenu à coup de menaces en tout genre et même des privilèges accordés à certaines catégories de fonctionnaires comme par exemple l’exemption de contribution au régime maladie et de retraite des employés des Caisses sociales, célébrée joyeusement du côté de la Place Mohamed  Ali… Tout cela a concouru à gonfler plus que de mesure la masse salariale dans le budget de l’Etat. Il est nécessaire de rappeler qu’entre 2011 et 2017, le budget des rémunérations a augmenté en moyenne annuelle de plus de 13%  sur la période alors que les ressources propres du budget n’ont évolué qu’au rythme moyen de 6%. Pour combler ce différentiel, il a fallu s’endetter, de plus en plus, à telle enseigne que l’encours de la dette publique est passé de 28,8 milliards de dinars à 68 milliards de dinars au cours de cette période et on prévoit qu’il atteigne 76 milliards de dinars en 2018. En 2011, le service de la dette s’établissait à 3,6 milliards de dinars. En 2017, il a affiché 7 milliards de dinars. Pour 2018, il faudra rembourser 8 milliards de dinars, ce qui représente plus de 22% des ressources propres du budget alors qu’en 2011, ce taux affichait 15% environ.

Devant un tel constat, est-il encore envisageable de lancer des négociations sur des augmentations de salaires dans l’administration et la fonction publique, comme le revendique l’UGTT, qui par ailleurs veut sanctionner le gouvernement parce qu’il n’a pas pu mettre un frein aux dérapages des  finances publiques, ni à la détérioration du pouvoir d’achat. L’UGTT n’a-t-elle pas pris conscience qu’elle est en train d’attiser, encore et encore, le feu des déficits des finances publiques tout en criant au feu et que son argumentaire sur la dégradation du pouvoir d’achat ne tient nullement à l’épreuve des données statistiques ? Qu’en dénonçant la fuite en avant, le Bureau exécutif de l’UGTT s’auto-interpellait ?  

Entre 2011 et 2017, la masse salariale dans le budget de l’Etat a augmenté de plus de 13% en moyenne annuelle alors que les effectifs n’ont crû  que de 6% environ par an sur la période. Le différentiel de taux reflète l’accroissement tendanciel des salaires sur la période. Il se situe bien au-delà du taux d’inflation moyen sur la période qui s’établit à environ 5%.

Une récente note de l’INS sur le pouvoir d’achat, indique que « l’évolution du revenu disponible  brut  depuis 2010 montre une progression continue au rythme de 7,6% par an qui en résulte une augmentation du pouvoir d’achat d’environ 2,5% l’an sur la période 2010-2017 ». La note l’INS va encore plus loin dans l’analyse du pouvoir d’achat en soulignant que si on se limite uniquement aux revenus salariaux, le salaire brut moyen dans le secteur privé non agricole a augmenté de 6,3% en moyenne annuelle sur la période 2010-2017 générant des gains de pouvoir d’achat de 1,5% par an. Autrement dit, il n’y a pas eu de perte de pouvoir d’achat des salaires durant la période de 2011 à 2017, que cela concerne le secteur public ou le secteur privé. Bien au contraire.

En tout cas, c’est amplement suffisant pour inviter l’UGTT à revoir sa copie, amender son discours sur le pouvoir d’achat et plus généralement à faire preuve de plus de lucidité, de clairvoyance et de cohérence dans ses prises de position. A cet égard, on ne peut pas soutenir le refus du syndicat des enseignants du secondaire de contribuer au 1% supplémentaire pour soutenir le régime de retraite et exiger du gouvernement de trouver une solution à son déficit. On ne peut soutenir la proposition des syndicats de base de la Stam pour une augmentation des tarifs des prestations portuaires afin de satisfaire leurs revendications salariales sachant que ces augmentations vont alimenter la hausse des prix et participer du coup à une érosion du  pouvoir d’achat que l’organisation syndicale dénonce par ailleurs.

Ce n’est pas seulement sur  le dossier du pouvoir d’achat que l’UGTT s’égare. Il en est de même au sujet des privatisations. On ne peut pas considérer qu’elles constituent une ligne rouge alors qu’elles représentent actuellement la seule voie de salut pour éviter de faire sombrer davantage le pays dans l’endettement. Il est inadmissible d’affirmer, comme l’a déclaré péremptoirement un haut responsable syndical, Bouali Mbarki en l’occurrence, que les privatisations opérées durant les années 1990 ont été des échecs alors que des dizaines d’entreprises privatisées affichent aujourd’hui encore une santé remarquable. Il convient de rappeler à  la bonne mémoire les cimenteries, d’Enfidha, Gabès, Jebel Oust ou la CAT. Il suffit de citer les AMS, la Sotuver, les Plâtres tunisiens, la Siphat, la Sotumag, la Sotrapil, la Sitel, la Siame, la Sostem… Il  suffit  de rappeler l’UIB,  la Banque du sud, la BTK, la Star, la Lloyd… Peut être qu’en parlant d’échec de privatisation, Bouali Mbarki pensait à la cession de l’hôtel Amilcar. Et là, il a tout à fait raison…

Auteur: admin

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