Pourquoi la candidature de BCE dérange

 

Béji Caïd Essebsi semble briguer un nouveau mandat à l’élection présidentielle. Cette info ne vous choque pas ? Pourtant elle devrait. Le locataire actuel du Palais de Carthage compte réaliser un nouveau record en devenant, de nouveau, le plus vieux dirigeant du monde. Il détrône ainsi la reine d’Angleterre et offre à la Tunisie un nouveau record qui a le mérite de la rendre fière…ou pas.

On me dit que parler de l’âge du président de la République est politiquement incorrect et est une preuve d’une totale absence de finesse et de savoir-vivre. Je ne suis pas de cet avis, surtout lorsque l’intérêt national est en jeu. Béji Caïd Essebsi a 92 ans. Il en aura 93 au moment du prochain scrutin de 2019. Est-ce la meilleure alternative pour tous ces jeunes qu’on appellera d’ici quelques mois à sortir voter pour lui ? Est-ce le meilleur président qui garantira à ces jeunes-là un pays qu’ils n’auront plus envie de quitter ? Rien n’est moins sur.

Sans vouloir remettre en question le droit constitutionnel de tout citoyen éligible à présenter sa candidature au scrutin tant convoité, la candidature de Béji Caïd Essebsi ne me dit rien qui vaille.

Si la raison première est liée à son âge, les nombreuses autres qui la suivront ne le sont pas. D’abord, et à moins d’être un super héros immortel, Béji Caïd Essebsi pourrait bien ne pas survivre à son mandat, n’ayons pas peur de le dire. Dans l’état actuel des choses, et en ces temps de fragilité politique, devoir remplacer un président dans l’urgence n’est pas le meilleur des scénarios et pourrait bien plonger le pays dans une incertitude dont il se passerait volontiers aujourd’hui. Mais tout cela ne semble avoir que peu – ou pas – d’importance aux yeux de celui qui souhaite « mourir président ».

Mais les nombreuses autres raisons pour lesquelles cette candidature n’est pas vue du bon œil, n’ont rien à voir avec l’âge du candidat – excusez encore une fois mon manque de savoir-vivre.

Béji Caïd Essebsi n’a tenu que très peu des promesses qu’il a formulées au moment de sa campagne électorale. Ennahdha, qu’il a présenté comme l’ennemi à abattre, est finalement devenu son premier allié. Son fils Hafedh auquel il avait promis de ne jamais léguer le pouvoir est aujourd’hui le trouble-fête aux plus larges pouvoirs au sein de Nidaa Tounes. Son poulain Chahed qu’il a présenté comme étant le chef du gouvernement de la dernière chance et qu’il fait tout pour saboter aujourd’hui.

Les appels pour que Béji Caïd Essebsi se présente de nouveau à la présidentielle se font moins discrets. Auparavant empreints d’une certaine gêne à assumer une telle énormité, ils osent enfin sortir de l’ombe aujourd’hui. Un argumentaire de taille se cache derrière : « Qui d’autre ? »

En vue de ce jour tant attendu, Béji Caïd Essebsi prépare le terrain. Il rompt d’abord avec son ennemi-allié d’autrefois – comprenez par là Ennahdha de Rached Ghannouchi – en les menaçant de faire éclater un dossier des moins enviables. Il prépare aussi sa sortie par la grande porte – pour pouvoir mieux y rentrer par la suite – et mise sur la gente féminine pour redorer son blason poussiéreux. Modernisme, égalité des sexes et héritage pour tous annoncé lors de l’emblématique fête de la femme. Une carte gagnante mais qui ne sera pas de taille à faire de lui l’homme que ces dames ont élu en 2014.

Béji Caïd Essebsi a déçu et il est très peu probable qu’il arrive encore aujourd’hui à donner le change. Tous ceux qui l’ont plébiscité il y a quelques années comme le messie qui sauvera le pays d’une décadence assurée n’ont plus les arguments nécessaires pour faire avaler la pilule aux électeurs aujourd’hui. Surtout lorsque l’ont sait que le candidat a lui-même – en partie – participé à cette décadence…

Auteur: admin

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