Palestine, notre âme et conscience

 

Par Saoud Maherzi *

Les tirs, les coups, le feu, l’expulsion. Comme une perpétuité en dehors du temps, de la pandémie. La Justice divine même, après tant de générations qui implorent sans être exaucées, parait sourde et aveugle.

Les cris, les larmes, les roquettes tirées plus pour avertir le Ciel des méfaits des Hommes que pour atteindre l’ennemi. Pendant que le feu bouffe l’esplanade de la mosquée ancestrale, la Haine danse. Et les bombes tranchent le souffle des gamins pris au piège.

La Palestine est un cri permanent à l’oreille de l’Humanité. Par son martyre, elle dévoile l’injustice, l’obscénité, l’hypocrisie, le déshonneur.

Par-dessus tout, elle est le baromètre de cette civilisation arabo-musulmane agonisante qui vivote à côté des puissances, se refait une beauté superficielle en pétrodollars, mais n’a pas de courage pour un sou.

La Palestine est notre miroir

 

Le sort de la Palestine n’appartient pas aux Nations Unies, à l’Occident, aux ONG. Bien sûr, elle est une cause humaniste universelle, mais sa résolution ne repose pas sur les pensées bienveillantes ou les miettes éparpillées par les dons extérieurs.

La cause palestinienne est d’abord le fait de notre civilisation. Son impuissance est la nôtre, sa douleur est la nôtre, ses prières sont les nôtres. Et donc, son combat est le nôtre.

Tant que cette civilisation ne prendra pas en main son devenir, celui de ses plus fébriles populations, elle sera condamnée à n’être qu’une ombre parasite sur l’échiquier du monde.

Que veut dire se prendre en main ?

D’abord, revenir à Soi. Il existe dans nos profondeurs culturelles, religieuses et sociales, des fondements sur lesquels bâtir à nouveau. Aller voir ailleurs, comme ce fut le cas durant des décennies après les indépendances, c’est délibérément subordonner son destin à la volonté des autres et délaisser ses forces vives. Retrouver ses racines permet aussi de diriger les lumières vers l’intérieur et de véritablement se débarrasser des alternatives néfastes et obscurantistes en les dépassant.

Ensuite, produire. Produire de la pensée, de la science, de la littérature, de la culture, de l’industrie pour sortir du vide et donner du sens. Du sens commun. La production commence par un acte isolé, en retrait, d’une intelligence qui tente d’appréhender les réalités de la civilisation et de lui apporter des solutions. Il suffit, après, de lui donner les moyens d’exister, puis de se répandre en tant que production pratique. Afin qu’elle ne soit pas vaine.

Après le retour à soi et la production, la lutte pour l’honneur. La lutte véritable, faite de moyens et de stratégie, d’avancées, de pressions. Une lutte qui possède un but réel de vie, plutôt que des affrontements résignés vers le martyr inutile de populations entières.

Tout cela n’est pas le travail d’un seul peuple, d’une seule nation cernée par les barbelés, les drones, les checkpoints. C’est le mouvement d’une civilisation entière de l’humiliation à la Renaissance.

Et pour l’instant, ce n’est qu’un rêve très éloigné de la réalité faite de normalisations et de concessions fallacieuses.

Mais rien n’empêche de rêver. À partir du rêve, on bâtit une idée. De l’idée, on passe à la résolution. De la résolution aux objectifs. Des objectifs à la stratégie. De la stratégie, à l’action.

 

Car la foi perdure malgré tout

 

On a beau croire, dans notre désillusion, que Dieu a cessé d’écouter les Palestiniens. Mais eux n’arrêtent pas de prier, de protéger leurs terres, leurs mosquées, leurs églises, leurs maisons, leurs racines et les oliviers séculaires témoins de leurs persécutions.

Par leur persévérance, ils révèlent une grandeur d’âme collective qui déteint sur leurs oppresseurs. Tandis que les Palestiniens estropiés, torturés, assassinés deviennent des saints au vrai sens du terme – c’est-à-dire des hommes, des femmes et des enfants qui, par leurs souffrances, élèvent l’âme et la conscience de l’Humanité – que deviennent les colons ? Ils sont aliénés, condamnés à représenter aux yeux des Hommes la caricature de la Haine.

Et la Haine n’est qu’un passage. La Palestine, elle, est la destination.

 * Saoud Maherzi : Conseiller en stratégie et transformation organisationnelle.

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Auteur: admin

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