Merci… Mohamed Ennaceur !

 

Le mandat de Mohamed Ennaceur à la tête de la République est achevé et la Tunisie a désormais un nouveau chef de l’Etat, Kaïs Saïed, élu avec 72,71% des suffrages. Une élection anticipée qui s’est déroulée dans des conditions exceptionnelles, souvent délicates. Toutefois, Mohamed Ennaceur a pu relever le défi et assurer une transition fluide du pouvoir en dépit des difficultés auxquelles la Tunisie a dû faire face. Une transition qui a pris place sans mauvaises surprises et tout en préservant la continuité de l’Etat.

La cérémonie d’investiture de Kaïs Saïed a eu lieu mercredi 23 octobre 2019, au cours de laquelle il a, en premier lieu, prêté serment et prononcé un discours devant les députés de l’Assemblée des représentants du peuple pour se rendre, par la suite, au palais de Carthage.

Une fois la passation du pouvoir entre lui et Mohamed Ennaceur était effectuée, Kaïs Saïed est officiellement devenu président de la République concrétisant ainsi la volonté des électeurs tunisiens. Des électeurs qui ont vu en lui le candidat « antisystème », entré en toute discrétion sur la scène politique et raflant en un temps record une vaste vague d’appui populaire aussi bien que partisan. Un appui infaillible qui n’était pas accordé à son adversaire, Nabil Karoui de Qalb Tounes qui avait récolté 27,49% des voix.

Ainsi, Kaïs Saïed a pu devancer largement son rival sans recourir à des moyens colossaux ou disposer d’une machine électorale puissante. Lors du 2ème tour de la présidentielle, il a même refusé de faire campagne par souci d’égalité des chances car Nabil Karoui a été privé de mener une campagne électorale suite à ses déboires judiciaires.

C’est ce même souci qui a été partagé par Mohamed Ennaceur, ayant assuré l’intérim de la présidence de la République, face à l’incarcération d’un candidat à la présidentielle passé au second tour qui serait impliqué dans des affaires de corruption et de blanchiment d’argent. M. Ennaceur s’est, en effet, adressé aux Tunisiens afin de maîtriser les climats électoral et politique qui devenaient de plus en plus tendus.

Il avait souligné la nécessité de parvenir à une issue honorable à cette situation problématique indiquant qu’une telle impasse aura, certes, des répercussions fâcheuses sur le processus électoral. Dans ce sens, M. Ennaceur s’est conféré avec le ministre de la Justice Mohamed Karim Jamoussi ainsi qu’avec le président de l’Instance supérieure indépendante pour les élections (Isie), Nabil Baffoun s’impliquant activement dans la préservation du processus démocratique en protégeant le principe de l’équité des chances entre les deux candidats à la magistrature suprême.

Par ailleurs, Mohamed Ennaceur avait toujours joué un rôle crucial en vue d’alléger les pressions et atténuer les entraves qu’affronte la Tunisie. Il avait souvent rassuré les citoyens par rapport la situation du pays difficile, indubitablement, mais gérable.

Ses appels à la classe politique destinés à délaisser ses différends et à trouver un terrain d’entente entre les divers acteurs politiques commun prouvaient, entre autres, son engagement à rassembler les Tunisiens autour de leur patrie et à primer l’intérêt du pays ainsi qu’à le placer au-dessus de toutes les rivalités. Un intérêt qui se préserve également par le bon déroulement des échéances électorales présidentielle et législatives et auxquelles le chef de l’Etat intérimaire avait exhorté les Tunisiens afin d’assumer leur droit et devoir citoyen.

Il s’agissait, visiblement, du plus grand défi qui s’est présenté à M. Ennaceur d’autant plus qu’à l’approche de la date du 2ème scrutin fixée au 13 octobre et le démarrage de la campagne électorale, l’un des candidats passés au second tour, Nabil Karoui était toujours derrière les barreaux. Une situation qui a suscité son inquiétude et qu’il a incité, ainsi, à tenir une série de réunion avec Nabil Baffoun, lui réitérant son appel quant au respect de l’égalité des chances entre les deux candidats aussi bien qu’avec les responsables des différentes organisations nationales à savoir l’UGTT, l’Utica et l’Utap les exhortant à se concerter et à débattre de l’évolution du processus électoral ainsi que des moyens d’instaurer un environnement propice à la protection du processus démocratique en Tunisie.

Mohamed Ennaceur n’a pas également manqué de rencontrer un nombre d’experts en droit constitutionnel à l’instar de Sadok Belaïd, Rafaâ Ben Achour, Amine Mahfoudh et Salsabil Klibi. Ces rencontres ont porté essentiellement sur les possibles scénarios envisagés suite à la probabilité d’une invalidation par le Tribunal administratif des résultats de l’élection présidentielle. Une invalidation qui pouvait avoir lieu si Nabil Karoui avait déposé un recours contestant l’inégalité des chances.

Ainsi, l’Isie serait dans l’obligation de refaire l’élection engendrant, de ce fait, la vacance du chef de l’Etat étant donné que conformément aux dispositions et délais constitutionnels, Mohamed Ennaceur devra quitter la présidence de la République dans une période maximale de 90 jours qui prend fin le 25 octobre 2019. D’où la possibilité d’une éventuelle prolongation de son mandat lui permettant d’assurer la procédure de la formation du gouvernement. Au final, aucun de ces scénarios n’a eu lieu et l’équilibre s’est rétabli au processus électoral.

Depuis sa succession intérimaire au chef de l’Etat défunt, Béji Caïd Essebsi, en vertu des articles 84 et 85 de la Constitution stipulant la vacance définitive du poste de président de la République, Mohamed Ennaceur s’est attaché à honorer ses engagements évoqués lors de son premier discours après la prestation de serment.

Il a œuvré, ainsi, à assurer la continuité de l’Etat et l’efficacité de ses institutions afin de préserver la sécurité du pays et de ses acquis et à préserver l’indépendance de la Tunisie et à respecter sa Constitution. Il a, par ailleurs, poursuit le dialogue avec les diverses composantes de la société dans le but d’instaurer la paix sociale sans exclusion ni discrimination.

Mohamed Ennaceur a fait aussi preuve de son attachement aux droits et acquis de la femme tunisienne se traduisant dans son allocution prononcée à l’occasion de la fête nationale de la femme.

Il a, en effet, souligné la nécessité d’améliorer les conditions de vie de la femme tunisienne notamment la femme rurale relevant l’importance d’accélérer les procédures de lutte contre la violence contre la femme.

Il était, également, question de relever l’importance de l’habilitation économique de la femme afin de renforcer son statut au sein de la famille et de la société ainsi que d’instaurer les valeurs d’une société civile, démocratique, juste et équilibrée visant à consolider les acquis de la femme.

Bien que son mandat ait été de courte durée, la contribution de Mohamed Ennaceur, un politicien fort expérimenté avec un parcours impressionnant était d’une énorme importance essentiellement symbolique. Sa prise de fonction 2 heures après le décès de Béji Caïd Essebsi sans heurts ni tumultes est la preuve parfaite de la fluidité de la transition démocratique et de la réussite de l’expérience tunisienne exemplaire dans le monde.  Ses derniers souhaits avant de quitter le palais présidentiel de Carthage était de redonner l’espoir aux jeunes et la foi en la capacité de la Tunisie de surmonter tous les obstacles et à dépasser toutes les crises, le tout en l’unité du peuple tunisien.

Boutheïna Laâtar

Auteur: admin

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