Boire la coupe jusqu’à la lie

Dimanche prochain, le marathon électoral prendra fin. Mais ce ne sera pas fini pour autant puisque un autre marathon prendra le relais et dont on n’imagine déjà pas la fin. L’installation du nouveau président de la République, celle des nouveaux élus à l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) et la mise en place des commissions parlementaires, la désignation d’un chef du gouvernement chargé de former un nouveau gouvernement et de solliciter la confiance d’une majorité parlementaire… Autant dire, ce processus risque de durer au moins jusqu’à la fin de l’année, dans la meilleure des hypothèses. En tout cas, cela va rallonger d’autant la durée de vie du gouvernement de Youssef Chahed.

Après la terrible sanction essuyée dans l’élection présidentielle et la débâcle de son parti aux élections législatives, c’est avec un moral en-dessous de zéro que Youssef Chahed et son gouvernement sont désormais chargés d’expédier les affaires courantes, en attendant la formation d’un nouveau gouvernement.

Visiblement, le gouvernement s’y plie. A preuve, la tenue ce jeudi d’un conseil ministériel consacré au projet de budget de l’Etat 2020. A cet égard, une question s’impose : Youssef Chahed aurait-il décidé de se faire violence, résolu à boire la coupe de l’échec jusqu’à la lie ? Car enfin, il ne sert à rien d’élaborer un projet de budget dont on sait pertinemment qu’il sera modifié. Qu’avait-il à s’embarquer dans un tel processus ? Pourtant les raisons ne manquent pas pour éviter cette vraie-fausse obligation. Un projet de budget ne peut aucunement faire partie des affaires courantes chargées d’être expédiées par un gouvernement sortant. D’autre part, à quoi servirait un tel projet dès lors qu’il est probable sinon certain qu’il sera modifié par le prochain gouvernement qui y reflétera ses choix socioéconomiques.

A la place, n’était-il pas préférable pour le gouvernement d’invoquer l’article 50 de la loi organique du budget qui stipule que, si le projet de loi de finances n’est pas adopté dans un délai ne dépassant pas le 31 décembre – ce qui semble être le scénario le plus vraisemblable –  il peut être procédé à son exécution en matière de dépenses, par tranches de trois mois renouvelables par décret présidentiel. Quant aux recettes, elles sont recouvrées selon la législation en vigueur. Bien entendu, l’Assemblée des Représentants du Peuple en sera informée avant l’adoption du projet de la loi des finances de l’année.

Youssef Chahed a fait le choix d’élaborer un projet de budget. Faut-il considérer son choix comme étant un dernier baroud d’honneur, avant que les apparitions médiatiques ne deviennent de plus en plus rares ? En tout cas, la sortie est hasardeuse pour prendre date. Car, ce projet de budget de l’Etat est totalement irréaliste, dangereux même. Laisser fuir les dépenses de la sorte (+15% de hausse des dépenses) sans perspectives d’accroissement significatif du budget d’investissement constitue un rétropédalage aux conséquences désastreuses et sur les finances publiques et sur l’activité économique.

Youssef Chahed et son gouvernement affichent un bilan économique à mille lieues des promesses formulées lors de son investiture en août 2016 et réitérées le 14 janvier 2017 devant les étudiants de l’IPEST. A l’époque, on avait promis une croissance économique de 5% en 2020, un déficit budgétaire limité à 3% du PIB, un budget des rémunérations qui ne dépassera pas 12,5% du PIB, un taux d’endettement plafonné à 70% du PIB, une inflation ramenée sous la barre des 5% et un taux de chômage ne dépassant pas 12% de la population active. Aujourd’hui, on est loin du compte. Le projet de budget 2020 éloigne davantage cette perspective. Et ce n’est pas la délégation du FMI actuellement en visite-staff qui dira le contraire.

Décidément, Youssef Chahed veut boire la coupe jusqu’à la lie.

Auteur: admin

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